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De la modernité à la transmodernité : un saut quantique

La condition de l’homme moderne s’est écroulée, effondrée sur elle-même, détruite par les énormes et intenables contradictions qui la constituaient et qu’elle a menées à leur paroxysme, poussant leur logique jusqu’aux dernières limites.

La condition moderne a disparu en une myriade d’infimes explosions fractales, à toutes les échelles de l’existence humaine (individuelle et collective), dans tous les domaines de sa psyché, dans ses moindres désirs et ses moindres velléités de sa volonté — domaines qui, tous, un par un, des plus triviaux aux plus fondamentaux, ont explosé en plein vol, s’écrasant sur la réalité comme un insecte contre une vitre, éclatant en quanta infinitésimaux, s’engloutissant et s’annihilant au « point zéro » d’un des innombrables trous noirs électroniques qui constituent notre Univers. Et au fil de ces myriades d’effondrements quantiques, subconscients et insoupçonnés, l’homme moderne s’est trouvé peu à peu devenir autre chose, accédant à une autre dimension de lui-même, s’ouvrant, plus ou moins stupéfait, étonné ou enthousiaste, à un autre état d’être : la condition transmoderne, un monde vierge où sa responsabilité s’avère d’une tout autre ampleur, d’une ampleur jusqu’alors inconnue et impensable, qui peut faire un peu peur au début mais qui devient vite exaltante. Nous y voilà. Soyons responsables. 

De la modernité à la transmodernité : de l’hétéronomie à l’autonomie

La modernité a répondu à des conditions d’hétéronomie plus ou moins prononcées, s’exerçant à l’échelle quantique de la vie humaine, dans le registre psychique en général, émotionnel en particulier, maintenant l’humanité dans une servitude et une aliénation d’autant plus dures à identifier comme telles qu’elles affectaient précisément la conscience humaine. Le bond évolutionnaire actuel, le saut quantique dans l’évolution de l’humanité actuelle, correspondent à une prise de conscience (à de nombreux niveaux différents) des conditions de cette hétéronomie, et donc à leur remise en cause et à leur dépassement. C’est le passage de la modernité à la transmodernité : l’accession de l’humanité à un niveau inédit d’autonomie (individuelle et collective). Dans l’atome, le saut quantique décrit par Niels Bohr consiste en un changement d’orbite de l’électron de manière discontinue et instantanée. Chez l’individu, le saut quantique de la conscience consiste en un élargissement, une amplification de sa conscience, de manière elle aussi discontinue et instantanée. (Cela se passe par un nombre indéfini de prises de conscience, lesquelles constituent les étapes de ce qu’on appelle, souvent abusivement mais non sans raison, l’Éveil de la conscience.)

Cette autonomie consiste en l’amélioration de la connectivité entre la conscience individuelle (ahankâra) et la conscience universelle (Chit) : plus l’interaction est forte entre le plan individuel et le plan universel, plus l’individu est en phase avec l’Univers. C’est l’âme individuelle (Jivâtmâ) qui constitue proprement cette interaction — elle est intriquée avec le « point zéro » dans chaque atome —, mais pour qu’elle soit efficiente et produise ses effets, l’âme doit être épurée des fardeaux émotionnels qu’elle traîne et qui l’alourdissent. C’est la catharsis pythagoricienne (et l’ « Œuvre au noir » alchimique) : la « purification » des scories émotionnelles qui aliènent le mental et conditionnent la conscience, empêchant l’âme de faire son boulot, c’est-à-dire de permettre la congruence et la confluence entre la volonté humaine et la volonté divine, le « moi » individuel et le « Soi » universel.

2012, le « Nouvel Âge » et l’Ère du Verseau, c’est aussi la transmodernité

De fait, la transmodernité rejoint largement la thématique développée par le milieu New Age à propos de 2012 (et de la « transition » dans laquelle la Terre et l’humanité sont engagées). Ce sera d’autant plus pertinent que l’on fera remonter la modernité, non pas à la fin du Moyen Âge ou à la Renaissance, ni même à l’Antiquité ou au judéo-christianisme, mais au commencement même de l’Histoire, avec l’instauration du patriarcat (à Sumer, il y a cinq ou six mille ans). Ce moment correspond à un basculement de la psyché humaine de sa polarité Yin (féminine) vers sa polarité Yang (masculine). Et c’est à cela même, selon moi, que peut s’identifier la mentalité moderne : à ce déséquilibre entre les polarités Yin et Yang de la psyché humaine (au détriment de la première et au profit de la seconde). De ce point de vue, l’avènement de la transmodernité consiste en un changement de mentalité, correspondant à la fin du règne de la polarité Yang (et des valeurs masculines) et à la réintégration de la polarité Yin (et des valeurs féminines). À partir du moment où ces deux polarités sont équilibrées, et non plus en conflit (dans un rapport de domination/soumission), l’humanité s’en trouvera nécessairement transformée. Dans quelle mesure et à quel point ? Eh bien, c’est à nous de l’être et de le faire — ici et maintenant.

Je soutiens en tout cas l’hypothèse que cette transformation correspond à la « transition » liée à 2012 : dans le milieu New Age, on parle à cet égard d’« ascension » de la Terre et d’« élévation de conscience » de l’humanité. Il est clair que l’intégration des polarités Yin et Yang de la psyché humaine permettra, de manière logique et nécessaire, l’accès à un niveau supérieur de conscience, puisque celle-ci ne sera plus limitée par la prédominance de l’une ou l’autre de ces polarités. Il s’avère que cela correspond aussi au passage de l’Ère des Poissons à l’Ère du Verseau ; et cela correspond également au passage de la modernité à la transmodernité. (L’Ère des Poissons fut marquée entre autres par le dualisme et la séparation, l’Ère du Verseau devant être marquée par la fin et le dépassement du dualisme ; cela rejoint aussi bien la thématique de 2012 que la transmodernité, le changement de paradigme qui transcende la mentalité occidentale en l’ouvrant à une approche écologique et quantique de la vie.)

Aux points de vue sociologique et politique, la transmodernité entérine la péremption et le dépassement des formes modernes d’organisation collective (nation homogène, État centralisé, économie de marché, primat des valeurs marchandes, compétitivité, possessivité, individualisme, hétéronomie et anomie, etc.). En termes scientifiques, la transmodernité intègre et assumes les acquis de la physique quantique — qui a rendu caduque la physique classique (héritée d’Isaac Newton). La physique quantique, en effet, à travers le principe d’intrication et de non-séparabilité, a posé l’unité intrinsèque de la vie à l’échelle subatomique. Le dualisme — la tendance analytique et séparative — propre à la science moderne (et à la mentalité moderne) est battu en brèche. (Au dualisme succède donc le holisme, à la séparation succède l’intégration et à l’analyse, succède la synthèse. Cela est typiquement transmoderne — et typiquement Verseau également.) La physique quantique a essaimé en psychologie (Wolfgang Pauli, ami de C. G. Jung, a élaboré avec lui le concept clé de synchronicité), en biologie (comme l’ont montré Bruce Lipton ou Carl Johan Calleman), en neurologie (avec le modèle de Stuart Hameroff) et en astrophysique (ce qu’exprime assez péniblement la théorie de supercordes). Enfin, en termes religieux, la transmodernité correspond à la fin des religions sous forme institutionnelle, et au renouvellement de la religiosité sous la forme de la « spiritualité laïque » — dont l’un des précurseurs fut Krishnamurti —, incarnée aujourd’hui par un Ken Wilber, un Eckhart Tolle ou un Amit Goswami, entre autres.

« Naître et ne pas être, telle est notre condition », a joliment écrit Maurice G. Dantec. Je dirai plutôt : telle aura été notre condition d’individus modernes. L’enjeu : que naître et être soit notre condition d’individus transmodernes.